Inspirez, soufflez, maitrisez !

L'angoisse, l'anxiété, le stress..., font désormais partie du quotidien des soignants qui exercent en EHPAD

Parce qu’ils sont confrontés à la maladie, à la mort, à la pression hiérarchique qui leur réclame toujours plus, au burn out…, leurs niveaux de détresse psychologique ne font qu’augmenter drainant dans leur sillage des états d’angoisse, de peur ou de tristesse de plus en plus fréquents et de plus en plus élevés.
Une étude brésilienne organisée à l’Université de Rio de Janeiro a montré que la pratique régulière d’une technique de yoga baptisée souffle « pranayama » aidait à retrouver une certaine sérénité en modifiant l’activité de l’amygdale -une structure cérébrale- impliquée dans toute la composante émotionnelle.

« Pranayama » ou « respiration profonde » est une technique enseignée par le yoga, qui consiste à contrôler sa respiration de telle sorte qu’elle produise des bénéfices sur la fréquence et le rythme cardiaque, sur les chiffres de la pression artérielle et in fine sur la régulation émotionnelle.

Voyons concrètement de quelle manière le patient doit s’y prendre afin d’atteindre cet état d’équilibre ! Il suffit d’inspirer pendant une durée prédéterminée par la narine droite, puis d’observer une période d’apnée avant d’expirer par la narine gauche. Cet exercice a été proposé durant 4 semaines à un groupe expérimental constitué d’un échantillon de 30 adultes en bonne santé physique et mentale. Après avoir suivi des exercices de « pranayama » pendant 5 séances de 30 minutes par semaine, dont 3 en groupe avec un instructeur, une IRM (imagerie cérébrale) proposée ensuite, mesurait l’activité cérébrale en projetant des images suscitant différents types d’émotions : la joie, la peur, le bien-être, la tristesse…

En temps normal, lorsque nous sommes confrontés à ce type d’émotions, nous activons notre amygdale, structure impliquée dans la reconnaissance et l’évaluation de la valence émotionnelle et dont la fonction est le décodage des stimuli qui pourraient être menaçants pour l’organisme. Si c’est le cas, son activation induit : l’élévation de la tension artérielle, une tachycardie -c’est-à-dire l’augmentation de la fréquence du rythme cardiaque-, l’augmentation du taux de corticostérone, le sentiment de peur et d’anxiété. Or, chez nos sujets expérimentaux ayant pratiqué cette technique de yoga, la projection « post-pranayama » réduisait drastiquement l’activation de l’amygdale.

Afin de comprendre de quelle façon cette modification de l’activité de cette structure cérébrale s’était produite, les chercheurs ont invité les sujets de l’expérience à répondre à des tests d’émotivité. Ces tests ont montré une baisse très importante des scores d’anxiété. Tout se passait de la façon suivante : « globalement, les sujets ayant pratiqué la respiration contrôlée étaient plus détendus, et le visionnage d’images angoissantes (catastrophe, cadavres…) ne leur causaient plus la même détresse ».

Cette étude démontre l’impact positif d’une respiration profonde et prolongée sur le système parasympathique dont les fonctions sur l’organisme sont plurielles. En effet ce système intervient non seulement en ralentissant la fréquence des battements cardiaques pour atteindre un niveau normal et également en stimulant les voies inhibitrices qui relient notre cortex préfrontal à notre amygdale. Ce phénomène permet à notre cerveau frontal de modérer efficacement nos accès de tristesse ou d’angoisse et de mieux nous adapter à un environnement émotionnellement stressant.

En conséquence, le fait de maîtriser sa respiration via des techniques enseignées -entre autres- par le yoga constitue le moyen de mieux réguler nos émotions ; alors soignants : « inspirez », « soufflez », « maîtrisez » !
cecile aguesse geronto psychologue portrait

Cécile AGUESSE,
Géronto-psychologue.

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