Quand le temps a posé ses doigts sur nos visages,
Et gravé lentement ses discrets paysages,
Quand l’ombre des années s’allonge avec lenteur,
Alors naît en nos cœurs une étrange douceur.

Les matins sont plus lents, mais chargés de lumière,
Chaque instant se savoure en paix, sans frontière,
Et l’on goûte au silence, ami fidèle et sûr,
Comme un vieux compagnon au regard tendre et pur.

Le tumulte s’efface où jadis tout s’agite,
Le monde perd son bruit, le superflu s’évite,
Et dans ce calme neuf, si profond, si discret,
Se révèle un bonheur que l’on n’attendait.

Car vivre longtemps, c’est apprendre à comprendre
Que l’essentiel est là, fragile et doux à prendre,
Dans un geste banal, un sourire échangé,
Dans un regard posé, dans un mot partagé.

Les rides sont des chants que la peau nous raconte,
Chaque ligne est mémoire, et nul ne les démonte,
Elles disent les combats, les joies, les lendemains,
Et les jours traversés en serrant fort ses mains.

On ne craint plus le temps, cet ancien adversaire,
On marche à ses côtés, devenu nécessaire,
Car il est le témoin de tout ce que l’on fut,
Et le guide discret de ce qui reste en vue.

Les amis sont plus rares, mais plus vrais, plus profonds,
Leurs silences en disent bien plus que mille sons,
Et l’on sait reconnaître en un simple regard
La chaleur d’une âme et l’éclat d’un espoir.

Les souvenirs s’invitent comme de vieux poèmes,
Que l’on relit souvent sans jamais dire “je t’aime”,
Mais dont chaque refrain murmure au fond de soi
Que l’on a bien vécu, malgré tout, quelquefois.

Et puis il y a l’instant, ce trésor invisible,
Que l’on croyait banal et qui devient sensible,
Une tasse de thé, un rayon de soleil,
Le chant d’un oiseau clair au réveil.

Le bonheur est là, simple, à portée de main,
Dans le calme du soir, dans le souffle du matin,
Dans l’acceptation douce de ce que l’on devient,
Sans regret inutile ni désir incertain.

Vieillir, c’est découvrir une autre liberté,
Celle de ne plus fuir sa propre vérité,
De s’aimer tel qu’on est, avec ses cicatrices,
Et d’offrir au présent ses plus belles prémices.

On n’a plus à prouver, ni courir, ni lutter,
Mais simplement à être, à voir, à écouter,
À savourer le monde avec un cœur apaisé,
Comme un livre ancien que l’on vient d’achever.

Et dans cette quiétude où l’âme se repose,
Chaque jour devient une discrète apothéose,
Un instant suspendu, hors du bruit et du temps,
Où l’on respire enfin profondément, lentement.

Alors oui, être vieux n’est pas perdre la vie,
C’est en goûter le sens, en saisir l’infini,
C’est porter en son cœur un trésor de saisons,
Et marcher doucement vers d’autres horizons.

Car le bonheur existe au seuil des cheveux blancs,
Il se cache en silence au détour des instants,
Et murmure à celui qui sait encore le voir :
“Tu as vécu, et cela est déjà une victoire.”

 

cecile aguesse geronto psychologue portrait

Cécile AGUESSE,
Géronto-psychologue.

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