Quand on parle de la maladie de Parkinson, on pense presque immédiatement aux tremblements, à la rigidité ou aux difficultés à bouger. Pourtant, ces signes visibles ne racontent qu’une partie de l’histoire. Bien avant qu’ils n’apparaissent, d’autres symptômes, beaucoup plus discrets, se mettent en place. Parmi eux, la perte de l’odorat est l’un des plus fréquents… et des plus surprenants.

L’odorat est un sens auquel on ne prête pas beaucoup d’attention au quotidien. Il est pourtant omniprésent : il nous permet d’apprécier un bon repas, de reconnaître une odeur familière, ou encore de détecter un danger comme une fuite de gaz ou un aliment avarié.

Chez de nombreuses personnes atteintes de la maladie de Parkinson, ce sens commence à s’altérer progressivement. On parle alors d’hyposmie (diminution de l’odorat) ou d’anosmie (perte totale). Ce phénomène peut apparaître très tôt, parfois 5 à 10 ans avant les premiers troubles moteurs.

Ce qui rend cette situation particulière, c’est que la perte d’odorat passe souvent inaperçue. Elle s’installe lentement, sans douleur, et les personnes concernées s’y habituent sans vraiment s’en rendre compte. Beaucoup pensent simplement que c’est lié à l’âge.

Pour comprendre cela, il faut imaginer le cerveau comme un réseau de zones spécialisées. Dans la maladie de Parkinson, certaines cellules nerveuses dégénèrent progressivement. Or, les régions liées à l’odorat — notamment le bulbe olfactif — sont parmi les premières à être affectées.

Un des phénomènes clés de la maladie est l’accumulation anormale d’une protéine appelée alpha-synucléine. Cette protéine forme des dépôts qui perturbent le fonctionnement des neurones. Fait intéressant : ces dépôts apparaissent très tôt dans les zones liées à l’odorat, avant de s’étendre vers les régions qui contrôlent les mouvements.

Cela explique pourquoi la perte d’odorat peut précéder de plusieurs années les symptômes classiques de la maladie.

Perdre l’odorat, ce n’est pas seulement ne plus sentir les fleurs ou le parfum. Les répercussions sont bien plus larges.

D’abord, il faut savoir que le goût et l’odorat sont étroitement liés. Quand l’odorat diminue, les aliments deviennent fades. Manger peut alors devenir moins agréable, voire sans intérêt. Certaines personnes perdent l’appétit et risquent une perte de poids, tandis que d’autres compensent en ajoutant plus de sel ou de sucre pour retrouver du plaisir.

Ensuite, il y a la question de la sécurité. Ne plus sentir une fuite de gaz, de la fumée ou un aliment périmé peut représenter un vrai danger au quotidien.

Enfin, il existe aussi un impact plus subtil, mais réel : l’odorat joue un rôle dans les émotions et les relations sociales. Certaines odeurs sont associées à des souvenirs, à des personnes ou à des moments de vie. Leur disparition peut entraîner une forme de perte sensorielle et émotionnelle, parfois difficile à exprimer.

L’un des aspects les plus intéressants de ce symptôme est son potentiel pour aider au diagnostic précoce.

Aujourd’hui, la maladie de Parkinson est souvent diagnostiquée lorsque les troubles moteurs apparaissent, c’est-à-dire à un stade déjà avancé. Mais si l’on pouvait repérer la maladie plus tôt, cela ouvrirait la voie à une prise en charge plus précoce.

Des tests simples existent pour évaluer l’odorat : il s’agit par exemple d’identifier différentes odeurs. Ces tests ne permettent pas, à eux seuls, de poser un diagnostic, car la perte d’odorat peut avoir d’autres causes (vieillissement, infections, tabac…). Mais combinés à d’autres signes précoces, ils peuvent donner des indices précieux.

La recherche s’intéresse de plus en plus à cette piste, notamment pour mieux comprendre les débuts de la maladie.

Longtemps considéré comme secondaire, le trouble de l’odorat est aujourd’hui mieux reconnu dans la maladie de Parkinson. Cela change progressivement la manière dont on aborde la maladie.

Mieux informer les patients permet déjà d’adapter leur quotidien : faire attention à la sécurité à la maison, surveiller l’alimentation, ou simplement comprendre ce qui leur arrive.

Par ailleurs, ces recherches pourraient, à terme, permettre de développer des stratégies pour intervenir plus tôt dans la maladie, voire ralentir son évolution.

Conclusion

La perte de l’odorat dans la maladie de Parkinson est un symptôme discret, souvent ignoré, et pourtant essentiel. Elle apparaît très tôt, bien avant les troubles moteurs, et peut profondément influencer la qualité de vie sans que l’on en ait toujours conscience. Au-delà de ses conséquences pratiques et émotionnelles, elle représente surtout une piste prometteuse pour mieux comprendre les débuts de la maladie. Même si elle ne permet pas encore un diagnostic à elle seule, elle constitue un signal d’alerte précieux. À l’avenir, une meilleure prise en compte de ce symptôme pourrait contribuer à détecter la maladie plus tôt et, peut-être, à améliorer la prise en charge des patients dès les premières étapes.

 

cecile aguesse geronto psychologue portrait

Cécile AGUESSE,
Géronto-psychologue.

Partagez cet article en un clic !

À la une

ImageMA

Marqueurs biologiques et maladie d’Alzheimer

La maladie d’Alzheimer constitue aujourd’hui l’un des enjeux majeurs de santé publique dans les sociétés vieillissantes. Longtemps associée à l’apparition progressive de troubles de la ...
Découvrir →
Imagecelluletanycyte

Rôle des cellules « tanycytes » et maladie d’Alzheimer

Les tanycytes sont des cellules du cerveau encore peu connues du grand public, mais qui attirent de plus en plus l’attention des chercheurs, notamment dans ...
Découvrir →